mercredi 23 novembre 2016

La guerre éternelle



Joe Haldeman - La guerre éternelle - J’ai lu






Les guerres peuplent les récits de science-fiction, plus peut-être que dans toute autre littérature. Une tradition héritée de l’Iliade, père hypothétique du genre et mère de tous les romans. Mieux, les auteurs franchissent quelque fois le pas entre fiction et réalité. Une nouvelle (1) d’ Arthur Clarke servit dit-on de support de cours au MIT. Robert Heinlein fut conseiller de Ronald Reagan pour « la guerre des étoiles », projet militaire défunt dont le nom renvoie à un célèbre cycle cinématographique. Sans compter la légion d’auteurs US ayant émargé à l’armée ou à la CIA.

Si la science-fiction c’est la guerre, peu d’écrivains en dénoncent l’absurde violence. Aux côtés de Kurt Vonnegut (2), Joe Haldeman fait entendre une voix discordante dans le tintamarre belliqueux des space opera. En 1974, cet ancien du Vietnam rédige un texte qui quarante plus tard n’a pas pris une ride. Patrick Imbert en propose une nouvelle traduction agrémentée de la version originelle des chapitres 22 à 25.

Au cours de son expansion stellaire, la Terre bute sur les Taurans, une race d’extraterrestres logée dans la constellation du Taureau. Un conflit interminable s’engage alors. Le roman raconte l’odyssée et la carrière de Mandalla militaire d’élite au QI vertigineux et aux convictions molles. Le Vietnam quoi … joints compris mais sans les putes des bases indochinoises. Les troufions hommes et femmes se débrouillent désormais entre eux.

L’écrivain ne s’embarrasse pas de considérations stratégiques. Sa vision reste celle du soldat confronté à un quotidien de combat, de mort, de blessures. De l’ennemi on ne sait rien. Le premier contact est souvent le dernier. Plus terrible encore, les dilatations temporelles générées par des déplacements à des vitesses relativistes distendent et rompent tous les liens affectifs.

Sur Terre la situation n’est guère enviable. Les nations s’adaptent à une économie de guerre. Les permissionnaires découvrent le rationnement alimentaire dans les villes, la violence récurrente des campagnes. Dans cet Iliade moderne, Haldeman glisse néanmoins une histoire d’amour intemporelle.

Hasard des lectures, le mandala de la couverture renvoie à un autre de Limbo, représentant des jambes ou des prothèses. Bellicistes et pacifistes fous se rejoignent. A par ça, La guerre éternelle reste un page-turner intelligent, un classique de la science-fiction.




(1) « Superiority »
(2) sans oublier le tout nouveau Phare 23 de Hugh Howey


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