vendredi 11 décembre 2015

Manga : Le chien gardien d’étoiles



Takashi Murakami - Le chien gardien d’étoiles - Éditions Sarbacane



Œuvre à succès de Takashi Murakami, Le chien gardien d’étoiles paru au Japon en 2008 et traduit trois ans plus tard en France, représente après Paji un jalon dans une carrière bien remplie qui démarra en 1985 dans le magazine Young Jump des éditions Shueisha.

Le succès de ce manga tient dans un pitch à la fois simple, émouvant et sincère, support d’un thème auquel L’appel de la forêt de Jack London a donné ses lettres de noblesse : l’amitié d’un homme et d’un chien. Deux récits se succèdent, reliés comme dans L’oiseau bleu par des fils invisibles qui transcendent le cycle de la vie et de la mort.

Le premier débute avec la découverte par la police dans un terrain vague semé de tournesols, d’une vieille carcasse de voiture. A l’intérieur gît le cadavre d’un homme décédé depuis environ un an et un peu plus loin celui d’un chien mort plus récemment. C’est en quelque sorte par la voix de ce chien que l’auteur retrace l’existence du SDF et le périple mortel des deux compagnons. Happy, tel est le nom de l’animal, avait pour maître une personne que nous ne connaîtrons que par le surnom de Papa. Cet homme avait fondé un foyer. Marié et père d’une petite fille Miku, il symbolise selon Takashi Murakami, le japonais traditionnel, être de devoir, un peu frustre et dépassé par l’évolution de la société nipponne. De fait, il perd son emploi, divorce et part dans le Sud de l’archipel avec le peu qui lui reste, sa voiture, quelques yens et son chien. 

Le second texte « Tournesols » raconte les recherches effectuées par un assistant social, M Okutsu, pour identifier le SDF. Peu à peu au fil du récit l’auteur effectue un parallèle entre la vie de ce fonctionnaire, qui au fil de son enquête remonte le chemin de sa mémoire, et le disparu. Comme celui-ci, M Okutsu possédait un chien légué par son grand-père. Désormais seul, il regrette d’avoir négligé son compagnon.

Van Gogh, une source d'inspiration ?
Une thématique qu’on nommera faute de mieux karma ou métempsychose, sans doute d’influence shintoïste,  parcourt les oeuvres récentes de Takashi Murakami. Par delà les limites de l’existence quelque chose se transmet. Les flux de la vie, nos actions, parcourent le cosmos et se réincarnent en d’autres êtres et d’autres lieux. Telle est peut-être la signification de ces tourterelles et de ces libellules qui parcourent ces magnifiques champs d’étoiles terrestres, appelées tournesols.

Au fil de son périple « Papa » s’enfonce avec une dignité toute japonaise dans la misère la plus noire. Mais à bien y réfléchir, comme Hideo le vieil homme de l’oiseau bleu, il se débarrasse peu à peu du monde matériel pour ne garder que l'indispensable, ici l’amitié de son chien. L’essentiel écrivait Saint-Exupéry est invisible pour les yeux. Le chien gardien d’étoiles, un chef d’œuvre ?

4 commentaires:

Anonyme a dit…

Bonjour,
J'avais déjà lu cette chouette fiche de lecture. Je la retrouve avec plaisir.
J'aime bien cette phrase : "...le japonais traditionnel, être de devoir, un peu frustre et dépassé par l’évolution de la société nipponne.". J'ai l'impression de lire un portrait de mon beau père.
A+
Amicalement,
Colin Laney

Soleilvert a dit…

Merci !

W a dit…

Lu grâce à toi, c'est excellent, merci !

As-tu essayé Taiyou Matsumoto ( http://www.bedetheque.com/auteur-4427-BD-Matsumoto-Taiyou.html ) ?
Si ce n'est pas le cas, je te le recommande très chaudement, et en particulier sa nouvelle série en cour de publication : Sunny.

Soleilvert a dit…

Merci ! Je prends note pour Sunny.
En ce moment j'attaque Preacher. Dans les BD ou les manga, je retrouve une fraicheur que je ne ressens plus dans les romans.
Bonne fête à toi et aux tiens.
SV