lundi 13 mai 2013

L’empire des signes

L.L. Kloetzer - Anamnèse de Lady Star - Denoël Lunes d’encre



Sous l’influence d’une entité extra-terrestre un groupe de savants et de militaires met au point une « bombe iconique » qui échappe à leur contrôle et provoque la disparition des trois quarts de l’Humanité. Les survivants traquent les coupables et tentent de reconstituer la séquence d’évènements à l’origine de la catastrophe. Au centre de leur quête, la mystérieuse entité aux identités multiples.

Déjà remarqués pour Cleer (1) un ouvrage ayant pour cadre une entreprise multinationale, Laura et Laurent Kloetzer récidivent avec un livre ambitieux qui prolonge la thématique du précédent. Anamnèse de Lady Star dénonce la toute puissance des images et la négation de l’individu dans les sociétés contemporaines. L’idée de la bombe iconique, n’est certes pas nouvelle. Dans Glyphes (2) de Paul J. McAuley un certain  Morph dessine des graffitis sur les murs de Londres. Leur vue provoque un état de transe chez les victimes. La contemplation d’un dessin particulier engendre un état de conscience correspondant et rend possible une manipulation mentale.
Mais les deux auteurs sont allés plus loin. L’altération psychique générée par le glyphe ou l’icône détruit le porteur et surtout se propage de façon pandémique par la vue et par tous les canaux de transmission possibles. Comme une métaphore des buzz sur les réseaux sociaux…

Au final, les Kloetzer ont rédigé un ouvrage placé sous « l’empire des signes » pour paraphraser le titre d’un essai de Roland Barthes.
Tout est signe en effet dans Anamnèse de Lady Star. En premier lieu Hypasie, un des noms de l’Elohim extra-terrestre muse du sémiologue français Aberlour, qui calligraphie des icônes sous sa dictée. Hypasie, que Callixte tente en vain d’étreindre, se nourrit comme ses semblables des émotions des humains et ne leur renvoie que leur propre image. Signes aussi, les quantités astronomiques de films visionnés par les comités d’enquête plusieurs décennies après le « Satori ». Le roman se lit comme une succession de témoignages et d’observations et s’écarte du classique récit de survie post apocalyptique.

Les créateurs d’Anamnèse de Lady Star ont conçus leur texte comme un fix-up avec des ruptures chronologiques –  à l'image de la nouvelle « Trois singes » extrait de l’anthologie de Serge Lehman Retour sur l’horizon. Le style, (avantage de l’écriture à deux mains ?) n’est jamais uniforme. Les variations autour du présent de l’indicatif, une leçon de Robert Silverberg, donnent parfois à la narration un caractère halluciné ou fiévreux.

Certains chapitres demandent un effort de lecture plus soutenu. C’est le prix à payer pour une oeuvre conceptuelle, spéculative qui renoue avec les visions noires de Brunner, Herbert ou Ballard.







2 commentaires:

John Warsen a dit…

Et par rapport à la nouvelle "Trois singes", c'est comment ? C'était assez bien envoyé, dans le genre.

Anonyme a dit…

Salut.
La nouvelle "trois singes" est reprise in extenso. C'est le noyau du roman. Ce chapitre ainsi que le premier qui se déroule à Paris sont passionnants. Il faut s'accrocher pour les autres.
Cdlt
SV