samedi 2 janvier 2016

Dégage 2015, et salut à toi 2016



J’ai longtemps négligé de sacrifier à ces marronniers de début ou de fin d’année appelés bilans. Sans doute par indifférence. Or en relisant mes fiches de lecture, je me suis aperçu qu’elles ne traduisaient pas toujours une hiérarchie d’appréciations - forcément subjective – mais bien présente dans mon esprit. Du coup je considère d’un œil neuf les bloggers qui terminent leurs chroniques par une notation. L’exercice peut paraître scolaire. Il témoigne en fait d’une forme d’honnêteté par rapport au lecteur.


Il me faut maintenant expliquer ce titre inspiré non pas par un péplum improbable, mais par un discours de Valery Giscard d’Estaing, « bilantant » comme disent affreusement les personnels de santé, sa première année de mandature présidentielle. La phrase exacte fut « Adieu donc 1974, et salut à toi 1975 ». Ce n’est pas tant la théâtralité de cette allocution spécifique au chef d’état, source d’inspiration pour Le Luron et Desproges, qui m’interpella, que la parenté de ces dates. Oui, septembre 1974 comme septembre 2015 restent, à titre personnel, de très mauvais souvenirs. Et donc, comme tous les français, et pour des motifs individuels et collectifs, je dis : dégage 2015 ! Quant à 2016, reprenant une expression giscardienne de fin de mandature, je m’en remets à la Providence.

Il y eut cependant l’année dernière, des atolls de lecture au sein des tempêtes événementielles.Si le vieil ours que je suis réussis à attraper au moment de leur parution quelques vifs argents dans le fleuve « science-fictif », il n’en est pas de même pour la littérature hors genre.De cette dernière j’extraie deux chefs d’œuvre indémodables, l’un japonais La ballade de l’impossible de Haruki Murakami, l’autre chinois Le chant des regrets éternels de Anyi Wang. Le premier évoque L’écume des jours de Boris Vian mais lui est très supérieur, le second retrace l’existence d’une femme originaire de Shanghai, et a été qualifié d’œuvre balzacienne. Dans ces deux romans, héros et héroïnes opposent aux vicissitudes de leur existence une noblesse d’âme indéfectible.

En science fiction, La ménagerie de papier de Ken Liu a créé l’évènement, L’ Adjacent est considéré par certains comme le meilleur roman de Christopher Priest. Lus en 2015, mais hors actualité et pour certains des classiques, les ouvrages majeurs ne manquent pas : le cycle de La Terre mourante, Destination Ténèbres, Les ScarifiésEn deuxième rideau, Les furies de Boras étonnent. Un regret, les œuvres récentes de China Miéville déçoivent un peu. Pour conclure, je mentionnerai le recueil Philip K. Dick goes to Hollywood de Léo Henry chez  Actusf.

Une incursion, mais de taille en polar, Une plaie ouverte de Patrick Pécherot. Le beau et triste chien gardien d’étoiles n’a rien à envier aux meilleures productions mangas. Enfin la série BD Preacher, en cours d’édition chez Urban comics, balaie tout sur son passage.


Pour terminer quelques réalisations destinées à choir sous les sapins de Noël, livres d’art ou albums photographiques. Tout d’abord, Poésies, Une saison en enfer, Illuminations de Rimbaud chez Diane De Selliers. En regard de chaque poème, une reproduction d’une toile contemporaine.  Des historiens d’art président aux choix picturaux. L’imprimeur italien qui travaille à l’ektachrome magnifie les tableaux. Il est vrai que chez Diane De Selliers le sublime a été atteint avec les voyages en Italie de Stendhal. Les tarifs aussi décollent …
Antoine a sorti l’année dernière (mieux vaut tard que jamais) un album de photos consacré à 40 escales 40 ans de navigation ponctué d’anecdotes et de référence à des artistes. Dans la lignée d’un Alain Gerbault, ce disciple de Bernard Moitessie, après avoir dépoussiéré la chanson française dans les années 60, parcourt les océans et les îles depuis 1974. Antoine peint ma vie en bleu. 

Réédité en 2014, Elles ont conquis le monde les grandes aventurières de Alexandra Lapierre et Christel Mouchard chez Arthaud raconte le destin de femmes qui partirent explorer le monde, avec le double objectif d’échapper à leur condition et d’inventer leur vie. La couverture représentant Osa Johnson, pionnière avec son mari des films documentaires, inaugure un festival iconographique au service de textes passionnants.


4 commentaires:

Anonyme a dit…

Il est bien le Pécherot, hein ? Il est bien ?

ps : Bonnes lectures pour 2016

Ubik

Soleilvert a dit…

Abcholument, cher compatriote.
J'ai eu un moment de honte, quand j'ai demandé à l'auteur l'origine du titre ("C'est de ce temps-là que je garde au coeur une plaie ouverte")
Dès que je l'ouvre c'est pour dire une connerie ...

Bonne année encore à toi et aux tiens

A.C. de Haenne a dit…

Bonne année 2016 !

Et surtout, plein de bons bouquins !

A.C.

Soleilvert a dit…

Merci. Bonne année à toi aussi ! J'ai ressorti un petit Silverberg ...