mercredi 12 octobre 2016

La Neige de saint Pierre



Leo Perutz - La Neige de saint Pierre - Zulma









«  En 1932, Georg Friedrich Amberg, jeune médecin engagé par le baron von Malchin, quitte Berlin pour le lointain village de Morwede. Pour y soigner des paysans ? Pas si évident, car dans le secret de son laboratoire, le baron vient de découvrir une drogue surpuissante : la neige de saint Pierre. Dont il compte bien faire usage à grande échelle … »

En page 211 de son avant dernier roman censuré par les nazis en 1933, Leo Perutz glissait ceci dans la bouche du jeune praticien: «« Monsieur le Curé, aidez moi ! Quelle est la foi de notre époque ? » Il ne répondit pas » ». Le vénérable d’ Ormesson reprenant cette interrogation à son compte, évoquait un jour au micro d’une radio les esprits d’alors, cisaillés « entre Hitler et Staline » Le prêtre du récit tient des propos encore plus explicites en anticipant la venue d’un Moloch engendré par les travaux du baron Von Malchin. Il se trompait seulement de couleur dirons nous aujourd’hui.

La Neige de saint Pierre raconte l’histoire d’un aristocrate prêt à tout pour rétablir le Saint Empire Germanique. Il est aidé dans son projet par une ancienne condisciple d’Amberg qui tombe amoureux d’elle. Amberg, quant à lui, subodorant le soufre de l'entreprise, hésite à appliquer les taches que lui confie son employeur. Cantonné à un rôle d’observateur, il intègre malgré tout l'entourage du baron et ses personnages énigmatiques et pittoresques : Praxatine, un émigré russe aussi bavard et omniprésent qu’inutile, Frederico un adolescent inquiétant.

Fidèle à ses habitudes Perutz distille une angoisse qui monte au fur et mesure que le narrateur pénètre plus avant les projets de son hôte. Maître des sentiers qui bifurquent, l’écrivain sème habilement le doute dans l’esprit du lecteur. Dans son lit d’hôpital, au début de l’intrigue, le médecin s’interroge. Est il seulement victime d’un accident de circulation, comme le prétendent les soignants, a-t-il imaginé l’invraisemblable imbroglio d’événements conté dans l’ouvrage ?

Une fois n’est pas coutume, Leo Perutz dénoue le suspens par un formidable éclat de rire. Tout s’éclaire et tout s’assombrit à la fois. Dans ce roman plus linéaire que les précédents, son meilleur après Le cavalier suédois, l’auteur rejoint Zweig dans la légion des témoins lucides d’une période abjecte. La Neige de saint Pierre dénonce les manipulations de pouvoir et les apprentis sorciers de l’Histoire, vieille leçon marxiste que l’écrivain ressort de son chapeau dans le final tout en ironie d’un récit servi comme d’habitude par une écriture de premier ordre.

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