lundi 6 janvier 2014

Souvenirs de science-fiction

Au coeur du temps - Irwin Allen





Sur les bancs du lycée Lavoisier en 1969, j’avais entrepris de raconter une vague histoire de science-fiction. Les derniers pavés de Mai 68 venaient de réintégrer le bitume et comme eux, les copains de classe et moi-même, nous nous sentions désormais un peu à l’étroit. L’époque incitait aux utopies et aux projets littéraires fussent ils eux-mêmes utopiques. Une frénésie créatrice avait saisi mes camarades. Tel reproduisait les dessins des Shadocks, tel autre parodiant la série Des agents très spéciaux avait inscrit sur la première page d’un énorme cahier Les dossiers de l’agence O. Je doute qu’il ait ensuite rédigé une seule ligne. Pourtant le patron de l’U.N.C.L.E représentait à nos yeux la figure suprême de l’autorité, bien mieux que les professeurs. Ses ordres dissimulaient des mystères, plus attrayant que ceux recélés par les mathématiques. J’avais donc entrepris de gribouiller les pages gauches d’un cahier à spirale dont l’épaisseur diminuait au fur et à mesure que j’arrachais les feuilles remplies d’une bouillie d’encre infâme. Un copain, qui depuis a fait son trou dans l’animation, se chargeait des dessins de la page de droite avec un réel talent. Il était question d’une expédition lunaire. La base de lancement se trouvait au nord du Rio Grande dans les profondeurs du Texas. Rien que cela. Trois copains embarquaient à bord de la fusée. L’histoire resta inachevée à la suite d’un changement de lycée. Ce qui me fascinait le plus c’était cette histoire de base secrète. Elles abondaient dans les BD – Hergé bien sur – les séries TV adolescentes comme les Thunderbird , les James Bond, toutes fictions sur fond d’espionnage alimenté par la guerre froide. Où avais je pris la mienne ?



L’épisode pilote de la série Au cœur du temps, diffusée pour la première fois sur une chaîne de télévision française en 1967, et ressortie en 2013 (1), me fournit récemment la réponse. Dans ce récit inaugural, un sénateur vient s’informer de l’état d’avancement de « Tic-Toc », un projet de machine à explorer le temps, et décider ou non de la poursuite de son financement. On voit une jeep emmenant deux hommes dans le désert de l’Arizona. Au milieu de nulle part une trappe d’accès se dérobe et le véhicule disparaît dans un complexe à la profondeur vertigineuse. Les hommes découvrent alors le chronogyre, une espèce de tunnel formé de cercles concentriques à l’effet hypnotisant. Devant l'impatience du sénateur, deux des scientifiques présents, Tony Newman et Doug Phillips décident de l’expérimenter sur le champ et restent prisonniers du temps. D’épisode en épisode, le personnel de la base tente de les ramener sans autre effet que de les translater dans une autre époque. La série s’arrêta au bout de trente épisodes.




Soyons honnêtes, Au cœur du temps ne dépasse pas le niveau d’une bonne BD pour ado des années 60, en retrait du génie imaginatif des scénaristes du Prisonnier, des Avengers, ou de Twilight Zone. Le thème des paradoxes temporels, au cœur de la trilogie Retour vers le futur est ici à peine effleuré. Dans l’épisode 4 – un des meilleurs – Tony Newman retrouve son père disparu lors de l’attaque de Pearl Harbour et son double, alors enfant (2). Dans l’épisode 2 « Le chemin de la lune », un militaire conspire à la fois dans la base et dans le futur au cours d’une expédition lunaire. Le futur d’ailleurs, hormis cet épisode, ne fournit pas matière à grand-chose d’intéressant. On suit avec plus d’intérêt « le fantôme de Néron » investir l’esprit de … Benito Mussolini. Un vent impétueux traverse alors le chronogyre et on voit enfin le corps de la belle Lee Meriwether, alias Dr. Ann MacGregor s’agiter un peu. Newman et Phillips assistent en spectateurs impuissants aux événements historiques et aux mythes légendaires : prise de Troie, chute des murailles de Jéricho, naufrage du Titanic… Tout n’est pas du même intérêt, mais quel boulevard créatif pour les scénaristes et réalisateurs qui se succèdent sous la houlette de Irwin Allen ! Au centre du dispositif scénique trône le tunnel du chronogyre qui occupait deux plateaux de cinéma. Les images restaurées rendent hommage à sa conception.



Au cœur du temps inspira l’excellent Code quantum (3). On crut bon, quelques décennies plus tard, de moderniser ce type de séries, en provoquant des interactions psychologiques entre les personnages. Un peu comme si l’on mettait en avant scénaristiquement dans Cosmos 1999 une liaison sentimentale entre le commandant Koenig et le docteur Russel. Cela finit par aboutir à quelques moments pénibles comme les derniers épisodes de Battelstar Galactica et surtout Stargate Universe, véritable huis clos étouffant et morbide, privilégiant l’affrontement interne entre scientifiques, militaires et civils au sein d’un vaisseau spatial parcourant pourtant l’univers.
Plus malins, Spielberg et consorts exploreront dans plusieurs films la voie de la parodie qui permet de respecter les impératifs anciens de l’action tout en s’en distanciant.


Quant à ma modeste personne, j’eus dans la décennie 80 l’occasion d’une nouvelle collaboration avec un dessinateur excellent. Mais l’imagination avait disparu. Quant au talent, il reste toujours enfoui au fond de l’Arizona.



Annexes :

(1) Huit DVD répartis en deux coffrets. Package très cheap, bonus maigrichon (quelques interviews dans le 8e DVD).

(2) Un épisode infiniment préférable - tout comme le film Tora ! Tora ! Tora ! - au sirupeux et interminable remake de Michael Bay qui décrocha plusieurs razzie.

(3) La trilogie Retour vers le futur s’inspire en revanche du film de Georges Pal The time machine tiré du roman de Wells

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