vendredi 10 juillet 2015

Destination Ténèbres



Frank M. Robinson - Destination Ténèbres - Denoël Lunes d’encre





45 ans de lectures d’ouvrages de science-fiction - mais pas que -, l’entame d’une nouvelle décennie à contre cœur, voici l’occasion d’extraire une bonne bouteille ou plutôt un bon livre de ce qui jadis ressemblait à une bibliothèque. Comme un pied de nez personnel, le titre n’inaugure rien de bon de nos avenirs individuels et numériques. Mais foin de considérations moroses, Destination Ténèbres est de la pure essence de SF. Tout libraire devrait conseiller ce type de roman au lecteur novice. Récit mystérieux et attrayant, illustration magique, auteur peu connu …

Laissons parler le 4e de couverture : « En mission d'exploration sur Séthi IV, le jeune Moineau dévisse d'une falaise. Très grièvement blessé, il est rapatrié sur son vaisseau-génération, l'Astron, pour y être soigné. Alors qu'il se remet lentement de ses blessures à l'infirmerie, on tente sans succès de l'empoisonner.
Guéri, mais amnésique, Moineau ne peut que redécouvrir le monde où il est né : un vaisseau délabré, hanté par un équipage indifférent, voire hostile. Le capitaine de l'Astron est prêt à répondre aux questions de Moineau. Mais cet immortel semble avoir perdu la raison : il veut traverser la Nuit, une partie de la galaxie totalement dénuée d'étoiles, pour aller chercher des signes de vie extraterrestre de l'autre côté. Un voyage de cent générations, qui semble bien impossible pour un vaisseau aussi abîmé que l'Astron. »

Destination Ténèbres appartient à cette catégorie de récit au long cours dans lequel un vaisseau spatial et l’esprit de ses passagers plongent dans des ténèbres sans fin. Croisière sans escale de Brian Aldiss, ou Les Orphelins du ciel de R Heinlein en sont les prototypes (1). La mémoire individuelle et collective, les organisations sociales, une civilisation, si tant est que l’on puisse appliquer ce terme à une communauté restreinte, tout cela s’érode et se transforme au fil d’un temps astronomique.
De fait l’intrigue s’organise autour de deux axes : la reconquête identitaire du jeune Moineau et l’affrontement entre partisans et opposants à la poursuite du périple cosmique.

Même s’il conserve les gènes d’un texte classique, notamment avec la figure de l’immortel et impitoyable Capitaine Kusada, Kronos dévorant ses enfants, ou encore avec cette histoire de mutinerie, Destination Ténèbres présente d’autres atouts : la mise en place d’un théâtre d’ombres, avec des protagonistes masqués affublés de patronymes mythologiques ou de noms … d’oiseaux, évoluant dans un univers carcéral et des environnements simulés, et l’étude psychologique poussée des personnages, exercice d’autant plus difficile pour le jeune et amnésique Moineau qui s’efforce de démêler proches et ennemis dans une ambiance paranoïaque et dickienne. Paru en 1995, ce thriller témoigne de l’évolution qualitative de l’écriture des space opera depuis l’Age d’or,  servi il est vrai par la traduction impeccable de l’infatigable Jean-Daniel Brèque.

Frank M Robinson est décédé l’année dernière. Son roman aurait mérité un Hugo. Cette distinction lui a néanmoins été curieusement attribuée pour un livre d’art. Ainsi va la vie.



(1) Osons Pour une autre Terre de A.E Van Vogt

5 commentaires:

A.C. de Haenne a dit…

L'un de mes plus grands moments de lecture de ces dix dernières années !

A.C.

Soleilvert a dit…

Oui, et annonciateur de "Vision Aveugle" ou "La nef des fous".

A.C. de Haenne a dit…

J'ai le premier, mais je ne l'ai pas (encore) lu.

A.C.

Soleilvert a dit…

... Je vois aussi que tu gardes sous le coude Accelerando... je l'ai acheté ... mais pas encore ouvert...

A.C. de Haenne a dit…

J'ai commencé, il faut que je le termine. Une lecture qui se mérite...

A.C.