dimanche 7 février 2016

BD gériatrique : Les vieux fourneaux



Lupano&Cauuet - Les vieux fourneaux 1.Ceux qui restent - Dargaud






Antoine, Mimile et Pierrot, trois retraités, se retrouvent lors de la crémation de Lucette, la femme du premier. Lucette était une célébrité locale. Comme les compères elle avait travaillé chez Garan-Servier, le laboratoire pharmaceutique de la région. Au bout de 10 ans elle avait abandonné son job pour fonder un petit théâtre de marionnette ambulant, « Le loup en slip ».  Sophie, sa petite-fille a repris l’affaire. L’arrivée aux obsèques de la DRH de l’entreprise ravive chez ces vieux anarcho-syndicalistes de vieux souvenirs de durs conflits sociaux. D’autant plus que leur passé professionnel refait brutalement surface lors d’une entrevue d’Antoine avec le notaire.

On connaissait déjà le cas Jaworski, mais qui aurait dit que le jeu de rôle constituait désormais le chemin de passage obligé des romanciers et scénaristes de talent ?  Le premier tome des vieux fourneaux a remporté onze prix dont un fauve d’Angoulême 2015, et une dixième édition vient de sortir. Qui est l’ex rôliste Wilfried Lupano ? Il a œuvré dans la fantasy avec la série Alim Le tanneur, mais c’est peut être avant tout un observateur social, en témoigne sa série sur Sarkozix. Le graphisme soigné de Paul Cauuet hérite quant à lui de l' école franco-belge.

Les vieux fourneaux doivent beaucoup au cinéma de Papa. Le trio de septuagénaires évoque en premier lieu Les vieux de la vieille un film de Gilles Grangier de 1960. Mais le script de Lupano va au-delà du cabotinage des légendaires Gabin, Fresnay et Noël-Noël. Si les dialogues, les réparties sentent bon Audiard ou Bertrand Blier, l’ensemble aboutit à une fresque sociale digne du cinéma italien de Scola et Risi.

Des trois retraités, Pierre Mayou, dit Pierrot est le plus pittoresque. Parisien indécrottable, le vieil activiste situationniste fout le boxon dans des soirées branchées à la tête d’une bande d’aveugles anarchistes dont le slogan est « ni yeux ni maître ». Antoine a délaissé ses activités syndicales. Quant à Mimile, il raconte volontiers ses trois tours du monde et ses conquêtes féminines. Tous jettent un œil sans complaisance sur le monde sans verser dans la nostalgie à outrance et reçoivent leur part de bronca de la jeune Sophie qui - disent ils - a hérité du caractère de sa grand-mère.

Le lecteur oscille entre rire et émotion. Comment s’appelait cette comédie d’Ettore Scola ? Nous nous sommes tant aimés. Oui c’est cela, nous nous sommes tant aimés. Qu’attendez vous pour lire Les vieux fourneaux ?
 

2 commentaires:

W(illiam) a dit…

Salutations camarade,
Lupano est formidable, et (trop) prolifique.
Du même, je te conseille vivement :
- Ma révérence, un excellent one-shot ;
- Azimut, géniale série (en cours, et le formidable dessinateur n'est pas un rapide) de fantaisie débridée mais parfaitement maitrisée ;
- L'homme qui n'aimait pas les armes à feu, un anti (?) - western (dont je suppose qu'un quatrième et dernier tome ne devrait pas tarder) ;
- Alim le tanneur, très chouette série de fantaisie (terminée et disponible en un volume d'intégrale).

Soleilvert a dit…

... du pain sur la planche ...
Merci à toi
JL