vendredi 29 janvier 2016

Mister Nostalgia



Robert Crumb - Mister Nostalgia - Cornélius






J’ai découvert les œuvres de Robert Crumb dans la presse underground de la fin des années 60, notamment Actuel du regretté Jean-François Bizot. D’une planche à l’autre, on pouvait déguster les aventures d’un chat déluré ou d’un gourou mystique, et reluquer des femmes fortement charpentées fruit des fantasmes érotique de l’auteur. On y admirait aussi les Freaks Brothers de Gilbert Shelton (The Fabulous Furry Freak Brothers) dérivés hippies des Marx Brothers. Les compères dessinaient une Amérique sex, drug and rock’roll, enfin surtout celle de la côte ouest.

Mais témoigner ne signifie pas adhérer. Les rêves de Crumb l’emportaient et l’emportent d’ailleurs toujours dans l' US rural des années 1920-1930, sur les chemins du delta du Mississipi empruntés par des musiciens ambulants. C’est ce que traduit la magnifique couverture de Mister Nostalgia ouvrage proposé par les éditions Cornélius, comprenant de courtes BD créées entre 1975 et 1996 où le créateur de Fritz le chat exprime son rejet de la modernité des années 60, de la guitare électrique, et son amour pour le blues de Charley Patton, de Robert Johnson, parmi tant d’autres, et plus généralement pour les musiques anciennes et traditionnelles.

 Les récits oscillent entre pamphlets, « Where has it gone, all the beautiful music of ours grandsparents ?”, “ boppin’ and jivin’ ”, et célébrations comme par exemple “That’s life” qui raconte l’histoire d’un musicien noir errant inspiré de la vie de Tommy Johnson, ou “Patton” chef d’oeuvre de Mister Nostalgia, mémorial du musicien éponyme, dessiné au pinceau. « Pass the jug » est d’une belle simplicité. Franck Melrose joue au piano dans son appartement lorsque survient Georgie un copain musicien. Ils boivent, discutent, échafaudent des projets, écoutent des morceaux à la radio. Lorsque Georgie repart, Franck se remet au piano. La vie par et pour la musique. Dans cette BD très personnelle, voir autobiographique, Crumb se met lui-même en scène, en collectionneur de vieux 78 tours par exemple.

 Aux monolithiques et omniprésents thèmes de la nostalgie et de la peur de la modernité, s’oppose la diversité graphique des histoires. « boppin’ and jivin »hérite de la période « Big Foot » sous influence de la drogue. Ailleurs, la mobilité des personnages se ressent du style de E. C. Segar. Précurseur des BD adultes l’art de Robert Crumb est désormais régulièrement exposé. L’auteur a intégré en 1998 le Temple de la renommée Will Eisner et a reçu le grand prix d’Angoulême en 1999.


 

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