jeudi 14 novembre 2013

La sonate hydrogène

Ian M. Banks - La sonate hydrogène - Laffont Ailleurs et Demain



Avec la parution de ce volume s’achève – hélas – le cycle de la Culture, ensemble de romans que consacra Ian M. Banks à cette civilisation galactique nomade peuplée d’humanoïdes et de Mentaux, c’est à dire d’Intelligences Artificielles aux pouvoirs quasi-illimités. La lecture de cet ultime opus confirme une impression déjà établie. Il est, en littérature de science-fiction, des fresques au moins aussi prestigieuses que celle imaginée par l’auteur écossais, fondatrices comme le cycle des robots de Asimov, ou portées par un imaginaire puissant comme les premiers récits de Dune. Mais la plupart de ces édifices romanesques finissent, au fil des parutions, par céder : Asimov fusionne artificiellement deux cycles, Dune s’effrite en multiples suites et préquelles, Farmer (Le Fleuve de l’éternité) est dépassé par l’ampleur de son sujet … Rien de tel avec les productions de Banks. Les romans sont simplement bons, très bons ou exceptionnels.

La sonate hydrogène reprend un thème traditionnel, la fin des civilisations, sur fond de conflit. Les Gziltes, une espèce ayant atteint le niveau technologique 8, celui de la Culture, décide de se Sublimer, autrement dit de quitter le Réel pour une dimension supérieure, bref une forme de Paradis. A quelques semaines de l’évènement, un vaisseau Gzilte intercepte et détruit un astronef des Zihdren-Reliquants en route pour le lieu de la cérémonie d’élévation. Il transportait une information de la plus haute importance concernant le Livre de Vérité, un ouvrage fondateur de la civilisation Gzilte. Le contenu du message est perdu, mais quelques bribes de données résiduelles désignent un humain vieux de 10 000 ans. Données qui bien entendu tombent dans l’oreille de la Culture …

Après les Enfers entrevus lors du précédent roman voici le temps de la Sublimation serait-on tenté de dire … Mais à la vérité La sonate hydrogène diverge des Enfers virtuels, du sens du vent, et de Trames. Certes il contient des éléments narratifs propres au space opera et aux univers de Banks : guerres, présence de Big Dumb Object ou d’éléments architecturaux démesurés comme la Ville-Ceinture ou la Planète Sculptée … Mais le récit vire plus du côté du roman d’espionnage que du roman d’aventure, en raison de l’omniprésence des Mentaux, véritables personnages principaux de l’oeuvre. Amateurs de scènes de baston monumentales ou de révélations sensationnelles, vous serez déçus, même si la fin s’anime un peu comme dans Trames. Au sein de cette intrigue complexe surgissent quelques moments de beauté (la Danse des Rontes avant le combat), ou prenant à l’instar des conversations entre la Gzilte Vyr Cossont et le vénérable Ngaroe QiRia (sa sauvegarde en fait) ou le Mental Caconyme et son compère Zoologiste revenu de l’incompréhensible espace de Sublimation, cette dimension énigmatique, véritable sujet de La sonate hydrogène.


Voici le moment de quitter la Culture. Et puisque Ian M. Banks cite Beethoven dans une de ses dernières interviews, offrons lui non pas la 26e Sonate du maître allemand, quoique sous-titrée « les Adieux », mais le 2e mouvement de l’opus 111, en référence hyper-capillotractée au onzecordes de Vyr Cossont, rebaptisé provisoirement "Danse des Rontes".


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