vendredi 3 février 2012

Parfois, il suffit de prendre la route

John Scalzi – Le vieil homme et la guerre – L’Atalante


Dans une Terre du futur, l’humanité s‘est éparpillée dans la Galaxie et doit affronter d’autres espèces intelligentes, avides elles aussi de nouveaux espaces. Les Forces de défense coloniale, son fer de lance expansionniste, recrutent sans difficultés des soldats. En effet les nouvelles recrues bénéficient, quelque soit leur âge, de traitements de régénération inconnus sur Terre. Cette cure de jouvence a un prix : une mort au combat quasi-certaine.
Ils sont pourtant des milliers comme John Perry, écrivain et publiciste, à tenter leur chance. Perry âgé de 75 ans décide de tirer un trait sur sa vie après la mort de sa femme. Doté d’un nouveau corps aux performances exceptionnelles il va aux termes d’une période d’instruction intégrer les troupes de combat, affronter brillamment des extraterrestres belliqueux, gravir des échelons et incorporer au final un commando d’élite « Les forces spéciales » composé de zombies. Une surprise de taille l’y attend.

A lire ce pitch, pas très éloigné, ainsi que l’y invite le 4eme de couverture, de Starship Troopers ou La guerre éternelle, on se doute que John Scalzi, pour son premier roman, ne renouvelle pas le genre. Il découpe sans surprise son récit chronologiquement en trois parties correspondant aux étapes clefs de la carrière de John Perry. Il n’évite aucun des poncifs de l’âge d’or du space-opéra, mieux il s’ y précipite. Ainsi lorsque notre vaillant soldat affronte les Consus, une espèce extraterrestre technologiquement capable de manipuler une naine blanche, il met au point une tactique extraordinairement novatrice pour éliminer l’adversaire : il suffit de tirer deux coups ! Ne comptons pas non plus sur l’auteur pour expliquer même succinctement la technique du saut permettant d’atteindre les régions les plus reculées de l’univers. L’interlocuteur de Alan, un scientifique copain de Perry, est nul en maths … Quant au titre Le vieil homme et la guerre, reconnaissons qu’en matière de vieux dans l’espace, le film Space Cow-boys atteint foutrement mieux sa cible…

L’assimilation des grands auteurs, Heinlein surtout, s’opère aussi de façon plus subtile. Comme ne l’ignore pas le lecteur un peu cultivé, toute spéculation métaphysique aboutit à deux questions fondamentales :

-         Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?
-         Comment le même auteur a-t-il pu rédiger Starship Troopers  et En terre étrangère ?

Une ambiguïté bien comprise par Scalzi lorsque son héros reconnaît sur l’épaule de l’adjudant instructeur, un de ses anciens slogans publicitaires pour une marque de pneus : « Parfois, il suffit de prendre la route ». Appliquer le mot d’ordre de la Beat Generation à une entreprise colonialiste, quel culot !

Pourtant insidieusement la sauce prend. L’ouvrage ne connaît pas de temps mort. Récit alerte, spirituel, surtout dans la première partie, qui voit un petit groupe d’humains se dépouiller de son passé, Scalzi a bien retenu dans la suite du roman les leçons du maître Heinlein et Du valeureux petit tailleur des frères Grimm (1) : tout lecteur est un naïf qui s’ignore.
Enfin en fil rouge, sous les codes d’une littérature jeunesse, s’insinue le drame d’un personnage pacifiste transformé en machine à tuer, en quête d'une inaccessible étoile.

Le vieil homme et la guerre est une petite cylindrée certes, mais bien huilée.


(1) cf la préface au Livre d’or de Robert Heinlein


1 commentaire:

Manu a dit…

Je viens juste de le terminer et j'ai trouvé ça vraiment sympa. Lecture fluide et agréable à laquelle il manque toutefois un peu de profondeur, mais bon, c'est divertissant et pas tout à fait idiot, c'est donc déjà pas mal.