dimanche 20 mars 2016

Les Affinités



Robert Charles Wilson - Les Affinités - Denoël Lunes d’encre






La diversité de son inspiration constitue un des plaisirs de lecture de l’œuvre de Robert Charles Wilson. Quoi de commun en effet entre Bios, Les fils du vent, A travers temps, ou Spin ? Peut-être des personnages en déséquilibre, oscillant entre deux mondes. C’est le cas d’Adam Fisk, canard boiteux d’une famille de notables vivant dans le Nord de l’état de New York. Exilé au Canada à Toronto loin des foudres paternelles, il vivote en colocation à la recherche d’un boulot de graphiste. Sa grand-mère, seul lien affectif et soutien financier, décède. Il décide alors de poser sa candidature à l’une des vingt deux Affinités. Ces nouvelles communautés, composées d’humains ayant des parentèles psychologiques, ont vu le jour à la lumière des travaux d’un chercheur en sciences sociales Meir Klein. Elles procurent sécurité et emploi à leurs membres. L’admission se résume à une batterie de tests. Adam se voit affecté à l’Affinité Tau.

Le monde communautaire imaginé par R.C Wilson n’a en soi rien d’original. En effet les historiens et sociologues ont depuis longtemps étudié ces éruptions grégaires qui ont pour nom groupes d’opinion, loges maçonniques, clubs de pensées et aujourd’hui réseaux sociaux.Mais, caractéristique propre à la littérature de science fiction, l’auteur pousse son propos dans ses derniers retranchements et, cerise sur le gâteau, nourrit un débat sur le communautarisme qui fait rage dans l’Hexagone.

Pour autant Wilson n’emprunte pas les traces du vieil Asimov en substituant le concept de teleodynamique à celui de psychohistoire. Certes il anticipe l’émergence d’inévitables conflits  résultant de la fragmentation d’une société en groupes d’intérêts opposés, mais il opte comme souvent pour une narration intimiste prétexte à une étude de mœurs, dans laquelle « la tranche » c'est-à-dire la branche locale de l’Affinité où réside Adam Fisk tient lieu de famille d’accueil. Il y règne un esprit de tolérance typiquement Tau - et sixties californiennes -, autorisant partenaires sexuels multiples et fumette. Seule obligation, respecter le devoir de solidarité.

En délaissant sa famille biologique au profit d’une famille choisie, Adam préfigure l’individu communautaire de demain. Qu’est ce qu’être au monde ? Dans une langue inspirée, Wilson l’exprime ainsi en page 91 :
« Ce que je voulais lui dire c’était : comme toi Jenny je me suis toujours imaginé qu’il devait y avoir une place pour moi dans le monde. Tu sais de quoi je parle. Tu marches dans la rue par une nuit d’hiver si froide que tes pas sur le trottoir plein de neige font un bruit de verre pilé, de la lumière jaune s’échappe des maisons inconnues et tu surprends un moment d’une banalité exquise – une petite fille qui met la table, une femme qui fait la vaisselle, un homme qui tourne les pages d’un journal ; il te vient alors l’idée qu’en franchissant la porte d’entrée de cette maison, tu pourrais avoir une existence flambant neuve, les gens à l’intérieur te reconnaîtraient et te feraient bon accueil, tu t’apercevrais que tu connaissais depuis toujours cet endroit et que tu n’en étais jamais vraiment parti. »

Alain Dorémieux disait de Sturgeon que « le secret d'un écrivain qui réussit à avoir un large public, c'est la faculté d'écrire une histoire comme s'il s'agissait d'une lettre, et d'une lettre adressée à une personne précise ». C’est ce que réalise Robert Charles Wilson avec Les Affinités.

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Superbe chronique camarade

Ubik

Soleilvert a dit…

La tienne est pas mal foutue non plus ...