jeudi 9 octobre 2014

Rafael, derniers jours



Gregory Mcdonald – Rafael, derniers jours – 10/18







Auteur américain de romans policiers, dont la série Fletch, Gregory Mcdonald décédé en 2008, a marqué les esprits avec la parution en 1991 de Rafael, derniers jours. Pas du tout polar, mais d’une noirceur rare, cet ouvrage raconte les derniers jours d’un marginal, qui échange sa vie contre la vague promesse d’une somme d’argent rondelette remise à ses proches.

Rafael vit quelque part aux Etats-Unis avec sa famille au sein d’une communauté indienne, en contrebas d’une autoroute. Un bidonville du nom de Morgantown s’ y est constitué progressivement autour d’une ancienne station-service envahie par une déchetterie. Les habitants survivent misérablement à l’écart du monde en trafiquant avec les ferrailleurs.
Un jour Rafael a vent du tournage d’un snuff movie, dans la ville voisine. En échange de 30 000 dollars, il accepte d’être supplicié à mort sous l’œil d’une caméra. Le contrat signé, il se retrouve avec 250 dollars d’acompte et trois jours à vivre.

François Cheng avait il connaissance de ce livre lorsqu’il affirmait que « c’est bien la conscience de la mort qui confère sens et valeur à la vie» ? En voici une illustration, à la limite du supportable. Roman de moins de deux cents pages, Rafael, derniers jours, bouscule le lecteur, histoire de rappeler que la littérature se jauge aussi à l’aune de la sincérité. Au mépris des flics, des commerçants face à son illettrisme, sa candeur et son statut social, Rafael oppose une résolution secrète inébranlable, alimentée par la pensée d’offrir un avenir aux siens et fortifiée par la froide certitude de n’avoir le choix qu’entre deux formes de cruauté.
L’écriture sobre, sans lyrisme, relate le quotidien d’une communauté de pauvres gens unis dans la misère et l’amour. Pittoresque des personnages, réalisme de Morgantown, tout sonne vrai dans cet ouvrage.

Dans Rafael, derniers jours, Mcdonald dresse un réquisitoire implacable contre le genre humain, réquisitoire auquel n’échappent qu’un prêtre et un chauffeur de bus, impuissants comme Rafael devant le spectacle de l’horreur du monde, comme jadis le Christ et les deux voleurs sur leurs croix.         

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