samedi 17 septembre 2016

L’homme qui mit fin à l’Histoire



Ken Liu - L’homme qui mit fin à l’Histoire : un documentaire - Le Bélial’ Collection une heure lumière







Dans un futur proche, une physicienne nippo-américaine Akemi Kirino met au point un dispositif permettant d’observer les événements du passé, sans possibilité d’interférer avec eux. Le procédé comporte une faille: les informations une fois visualisées disparaissent, et l’opération ne peut être renouvelée. L’époux de la scientifique Ewan Wei, historien sino-américain spécialisé dans le Japon classique, compte utiliser cette découverte pour mettre en lumière les exactions commises par les troupes d’occupation japonaises au cours des années 30 et 40 en Chine dans le district de Pingfang au sein de que l’on appellera l’Unité 731. Mais pour les deux universitaires la quête de la vérité se transforme en chemin de croix.

Comme Kurt Vonnegut et son Abattoir 5, l’écrivain Ken Liu évoque par le biais d’une fiction, un épisode douloureux des guerres du XXè siècle. Beaucoup de lecteurs découvriront avec stupeur l’existence de cet Auschwitz asiatique dont le souvenir faillit s’éteindre dans un silence coupable et complice imposé par MacArthur et le Japon. Dans l’Unité 731, des Mengele japonais se livrèrent à des expérimentations biologiques et chimiques sur des prisonniers chinois et coréens, voir à des vivisections.

Ken Liu a conçu un récit sous forme de documentaire, inspiré d’une nouvelle de Ted Chiang. La narration est prétexte à deux réflexions, l’une morale sur le devoir de mémoire, la seconde sur l’Histoire. Le parallèle avec l’Holocauste et notamment sur les tentatives négationnistes court tout au long du texte. L’écrivain n’écarte pas non plus la controverse juridique sur la responsabilité des Etats et des peuples « Nos doctrines concernant la succession des états dérivés du modèle westphalien n’ont aucune aptitude à régler les problèmes soulevés par le professeur Wein » (1)

L’entreprise du professeur Wein qui envoie les descendants des victimes visualiser les atrocités perpétrées sur leurs aînés, suscite des débats et rencontre des résistances surgies de toutes part : étatiques, individuelles, y compris de la part de collègues historiens Ceux ci lui reprochent de privilégier une méthodologie fondée sur le témoignage et non sur la documentation. (Page 82) On peut estimer sur ce tout dernier point que l’auteur force le trait. Le procédé du témoignage a été utilisé par Claude Lanzman dans son film Shoah, sans que quiconque lui reproche d’avoir mis fin à l’Histoire.

L’assaut idéologique mené par les autorités contre l’avancée scientifique de Akemi Kirino renvoie aussi au cas historique de Galilée. A ce titre, L’homme qui mit fin à l’histoire doit se lire comme « l’homme qui mit fin au mensonge » On le voit, le petit livre de Ken Liu déborde d’idées. En filigrane de cette tempête conceptuelle et médiatique, le lecteur suit la quête de vérité des époux Wein-Kirino. Comme leurs homologues Klarsfeld, leur vie s'identifie à leur combat.

Ken Liu n’en finit pas d’exploser les compteurs d’admiration. Par le vecteur de la science fiction ce jeune auteur explore les puits mémoriels si douloureux soient ils En cette rentrée, on aimerait bien que sa novella aille un peu bousculer les grosses badernes romanesques de la littérature générale.



(1)   L’auteur américain opte pour la responsabilité des peuples. C’est pourtant au modèle westphalien que se réfère Jacques Chirac dans un discours prononcé le 16 juillet 1995 lors de la cérémonie commémorant la rafle du Vel d'hiv du 16 et 17 juillet 1942, et qui met en exergue la continuité étatique française, rompant avec la doctrine de la singularité du régime de Vichy soutenue par ses prédécesseurs. :« ces heures noires souillent à jamais notre histoire, et sont une injure à notre passé et à nos traditions. Oui, la folie criminelle de l'occupant a été secondée par des Français, par l'Etat français »

mardi 13 septembre 2016

Un pont sur la brume



Kij Johnson - Un pont sur la brume - Le Bélial’ Collection une heure lumière









Kij Johson est une auteure américaine peu connue en France. Elle affectionne la forme courte qui lui a valu de nombreux prix dont la présente novella qui a remporté la triplette Hugo-Nébula-Asimov.

Les autorités d’un Empire imaginaire chargent Kit Meinem d’Atyar, architecte réputé, de construire un pont au-dessus d’un fleuve gigantesque. L’entreprise est périlleuse car une brume dangereuse en parcourt le lit et des créatures mystérieuses la sillonnent. Des bateliers assurent traditionnellement et au péril de leur vie un lien commercial entre les villes des deux rives Procheville et Loinville. Au départ sceptique, la population prend ensuite fait et cause pour le projet.

Tous les bateaux ne naviguent pas sur l’eau. C’est le privilège des littératures de genre que d’imaginer des solutions alternatives. Bruce Sterling faisait flotter des baleinières dans des océans de poussière (1). Robert F. Young concevait des baleines spatiales que les humains tuaient pour en faire des navires (2). Ce pont sur la brume rappellera aussi à certains amateurs français (j’ai failli écrire armateurs), un texte magnifique de Marcel Béalu dont Jean-Pierre Andrevon avait retranscrit avec délectation un court extrait sur le site noosfere. :
« Et maintenant il y avait ce pont à traverser, ce seul pont jeté sur le fleuve pour atteindre une rive invisible. Qu'allez-vous faire au-delà ? dirait l'autre voix plus terrible encore. Car ce pont est une frontière et cette autre rive un autre monde. Et pour passer du l'un à l'autre je devais affronter les deux sentinelles qui se confondaient de plus en plus au brouillard et à la nuit. D'où je venais je le savais, mais ce que je voulais au-delà, comment le dire ?
     Ainsi soliloquant j'approchai de l'entrée du pont et me trouvai bientôt à deux pas des gardes dont la silhouette grandissante et la complète immobilité commençaient à me rassurer. N'était-ce pas de simples statues de pierre ? Combien j'avais eu tort de m'effrayer ! Et plus grand tort encore sans doute de tant me soucier à propos de l'autre rive. Tandis que l'avançais d'un pas allègre, sous l'effet de ce nouveau courage, la brume tout à coup se dissipa pour faire place à la nuit étincelante, et, dès que j'eus traversé le pont, les fantômes vinrent à ma rencontre. »

La narration s’appuie sur le personnage de Kit Meinem d’Atyar, et son obsession des structures. L’édification du  pont mais aussi l'itinéraire de l’architecte occupent la plus grande partie du récit. Cet homme solitaire et sensible se fait accepter assez rapidement par la population du fleuve. Il noue une relation sentimentale avec une batelière, Rasali. Rasali, c’est un peu Ondine (3), une jeune femme familiarisée avec les caprices de la brume, avec l’informe et l’imprévisible. Mais aussi une figure à la fois pragmatique et fataliste.

Tous deux semblent avoir pris la mesure du Temps. La réalisation de l'ouvrage enjambe les années, la traversée en bac du fleuve obéit à des délais et des auspices connus de la seule compagne du héros. La brume semble elle-même une métaphore du Temps, que l’on traverse sans encombre, où l’on s’engloutit aussi. Le lecteur retiendra aussi l'image de cet homme secret qui s'efforce de jeter un pont vers les autres. On aurait bien aimé apercevoir les fameux Géants, mais ce texte inclassable procure bien des satisfactions.



(1)   La baleine des sables
(2)   Baleinier de nuit
(3)   Naïade, et aussi titre d’une pièce de Jean Giraudoux

dimanche 4 septembre 2016

Les voiles d’encre (news 2)



Un article de Pierre Vallier dans l’édition du 28 Août 2016 du Dauphiné Libéré sous le titre « Un poète m’a dit »





Il a écrit que le poète est un tamiseur de nuit, un chercheur d’étoiles. Dès lors tout est possible et Jean-Louis Peyre, parisien venu de la Drome septentrionale vient de publier dans « L’arbre à paroles » un recueil de poèmes qui séduit ses lecteurs. Les Peyre, de la Valloire, tenaient déjà leurs lettres de noblesse de la Résistance mais aussi de leur cousin (1) qui écrivait pour le théâtre et avait été élu à l’Académie française. Et comme on dit, il n’est bon bec que de Paris, le garçon est venu s’installer dans la capitale, et c’est là que la librairie Wallonie Bruxelles s’intéressa à son talent en publiant ses poèmes.

On sent en effet chez Peyre que la poésie est une manière différente de parler des gens, des choses, de la vie et de ses mystères. Le charme profond de cet art touche le lecteur qui éprouve cette sensation délicieuse que finalement tout cela n’a été écrit que pour lui. La première impression c’est que l’auteur est très sensible à l’eau sous toutes ces formes, mers, fleuves, fontaines. On y découvre même « la lune prisonnière des eaux » et des livres « éparpillés comme des caravelles », le tout assorti de conseils qui s’adressent à tous  « Méfie toi de la beauté de ce monde/ Elle ne t’est point destinée ». Parfois l’inspiration est plus simple qu’il n’ y parait « Au bout de la rue il y a une fenêtre si grande/ Qu’on la croit capable d’avaler le bleu du ciel » ou encore « ce vol d’ibis m’enseignait la géométrie des rêves ». On comprend mieux ce que nous dit Jean-Louis Peyre « Je suis né d’une famille de poètes recomposés/Dont les noms ornent les rues, les places et les hôpitaux ». C’est beau lorsqu’on retrouve « les vies pliées avec les draps sous les étagères odorantes » et enfin cette prière « Qui m’aime se souvienne/Du sifflement des oiseaux/ Et d’une âme au seuil de la porte »

(1) Marcel Achard

samedi 3 septembre 2016

L’affaire Jane Eyre



Jasper Fforde - L’affaire Jane Eyre - 10/18








« Dans le monde de Thursday Next, la littérature fait quasiment office de religion. A tel point qu’une brigade spéciale a du être créée pour s’occuper d’affaires aussi essentielles que traquer les plagiats, découvrir la paternité des pièces de Shakespeare ou arrêter les revendeurs de faux manuscrits. Mais quand on a un père capable de traverser le temps et un oncle à l’origine des plus folles inventions, on a parfois envie d’un peu plus d’aventure. Ainsi lorsque Jane Eyre l’héroïne du livre fétiche de Thursday Next est kidnappée par Achéron Hadès, incarnation du mal en personne, la jeune détective décide de prendre les choses en main et de tout tenter pour sauver le roman de Charlotte Bronte d’une mort certaine. »

Jasper Fforde est un auteur britannique qui a travaillé dans l’industrie cinématographique avant de se lancer dans la littérature. Son premier coup d’essai L’affaire Jane Eyre fut en quelque sorte un coup de maître et remporta un vif succès commercial. S’en suivirent sept autres récits à ce jour, bâtis autour du personnage de Thursday Next.

En témoigne le 4e de couverture, cet ouvrage fou fou fou  mélange allègrement les genres. C’est d’abord une uchronie dans laquelle le moteur à réaction n’a pas été inventé, où les dirigeables côtoient les avions à hélice. Dans ce monde entièrement dévoué à la littérature, le célèbre roman de Charlotte Bronte a une fin différente : Jane Eyre n’a pas épousé Mr Rochester. Cerise sur le gâteau, les dodos ont fait leur réapparition (grâce à l’ingénierie génétique). En background du récit, Fforde évoque une guerre interminable opposant anglais et russes en Crimée. Elle a laissé de nombreuses traces chez les protagonistes en particulier chez l’héroïne de ce récit qui a perdu un frère dans le conflit.

Thursday Next appartient à une catégorie « d’agents très spéciaux », les OpSpecs qui œuvrent dans des domaines aussi variés que la traque des faux littéraires ou le colmatage des failles temporelles. Sous cet angle, L’affaire Jane Eyre se rappellera aux bons souvenirs des amateurs des X files ou des Men in black. Mais au delà de l’intrigue policière (on notera que l’oncle de Thursday se prénomme Mycroft), l’oeuvre de Jasper Fforde rejoint le courant plus général du non sens anglais qui va du Dr Who aux fantasy débridées de Terry Prachett.

Cela donne l’invention des asticots synonymiques, appelés aussi vers correcteurs, qui s’empressent de régurgiter du texte aussitôt qu’on leur abandonne un manuscrit, ou d’un portail donnant accès à l’intérieur des livres. Une opportunité dont se saisit le maléfique Achéron Hadès qui dérobe l’appareil en question ainsi que des originaux de Dickens et Bronte menaçant de modifier l’histoire littéraire à tout jamais.

La réussite majeure de ce page turner tient aux savants amalgames d’une imagination débridée, d’une intrigue policière à laquelle rien ne manque, y compris les conflits entre services rivaux, d’un humour dévastateur, et surtout grâce à ce détective, femme à la fois pugnace et fleur bleue, confrontée à un choix cornélien entre amour et honneur.

vendredi 5 août 2016

Vostok


Laurent Kloetzer - Vostok - Denoël Lunes d’encre








Après avoir entraîné ses lecteurs sur les chemins spéculatifs de Cleer et d’Anamnèse de Lady Star dont l’ écriture brillante à deux mains fut plusieurs fois récompensée, Laurent Kloetzer, cette fois en solo, leur propose une excursion au fond de l’Antarctique. Rien de plus passionnant que la relation de ces expéditions an bout du monde, purs témoignages à l’image de Seul de l’amiral Byrd, ou fictions hallucinantes comme Les aventures du Capitaine Hatteras de Jules Verne. Là-bas, une nature hostile brise l’acier comme la volonté. Plus terribles que le froid, l’homme y livre des combats intérieurs insensés. La neige efface les détails, écrit l’auteur. De fait on dirait que l’univers s’emploie inlassablement à gommer la verrue humaine, au profit d’une éternité en forme d’horizon blanc sans limite ou comme dans Vostok, symbolisée par un lac souterrain immémorial.

Le roman de Laurent Kloetzer est tiré d’un récit du glaciologue Jean-Robert Petit. Vostok, en effet, existe. Il s’agit d’une base russe fondée dans les années 50, située au pôle sud magnétique. L’écrivain a ajouté des protagonistes imaginaires dont le journal d’expédition fait écho aux aventures contemporaines des héros.    L’ imprégnation glaciaire n’en est que plus forte dans l’esprit du lecteur et contraste avec le récit rocambolesque de membres d’un cartel chilien venus dans l’Antarctique récupérer un mot de passe verrouillant l’accès à une banque de données d’un gang adverse.

Trois narrations structurent Vostok, comme autant de paliers d’un escalier descendant dans l’enfer neigeux. La première a pour cadre un Valparaiso légèrement futuriste où le gang des Andins, maître de la météo, s’oppose au Cartel et à ses dirigeants, Juan Albornoz et sa sœur Léonora. Il y a un peu de Scarface dans la description des liens privilégiés unissant ces deux-là. D’ autres personnages s’invitent lors de l’épopée antarctique : Veronika Lipenkova, l’auteure fictive et décédée du journal de l’expédition soviétique des années 50, Vassili, rescapé de l’époque héroïque et spécialiste des carottages glaciaires, embarqué de force par les chiliens, et enfin un ghost confident de Leonora.

Les fantômes, comme la folie, s’invitent dans le derniers tiers du roman, où comme attendu un hiver impitoyable s’amuse à casser hommes et projets et soumet les protagonistes au jeu ultime de la survie. Tout cela, action, personnages, se tient et aboutit une fois de plus à une réussite romanesque.

lundi 18 juillet 2016

La Troisième Balle



Leo Perutz - La Troisième Balle - Zulma







Premier roman publié par Leo Perutz, La troisième balle a pour cadre la conquête du Nouveau Monde par Cortez. Il raconte l’affrontement de deux hommes, le duc de Mendoza et Franz Grumbach, présentés comme des fils « batards » de Charles Quint. Le conflit, dont le point de départ est un duel au cours duquel l’ami d’un des protagonistes succombe, prend un tour idéologique, le rhingrave allemand prenant fait et cause contre les Espagnols, en faveur de la Réforme et des indiens de Montezuma.

Si l’auteur déroule le canevas historique des opérations militaires des troupes de Charles Quint, le corps du récit prend en revanche une tournure singulière que l’on retrouvera dans les œuvres suivantes de Perutz. En lieu et place de la progression narrative propre à ce genre épique, l’auteur aligne, juxtapose une série de scènes où à chaque instant le fil de l’intrigue semble se rompre et prendre une direction uchronique. Comme l’explique le 4e de couverture, le réel et l’imaginaire ne cessent de se télescoper, plongeant le lecteur dans un rêve éveillé.

Le Diable, convoqué tour à tour par les personnages, mène la danse. Peut être faut il y trouver l’explication de ces caractères à la limite de la caricature, tour à tour exaltés ou taciturnes comme issus de fabliaux ancestraux. Les indiens surgissent timidement de l’arrière plan narratif. Les mésaventures de l’un d’entre eux donnent l’occasion au romancier d’exploiter une palette inédite que n’aurait pas reniée l’auteur des Nouvelles orientales.  Capolca , maître des statuettes du grand roi Montezuma a charge de « sculpter » – on dirait aujourd’hui photographier – tous les grands évènements du Royaume. Il apporte à son souverain des représentations en bois et cuivre de Cortez et de ses gens. Celui-ci lui demande de reproduire la fumée des arquebuses. Tandis qu’il s’interroge sur la façon de procéder, un espagnol blesse mortellement le sculpteur au cours d’une rixe : «Sur le moment, Capolca ne sentit pas qu’il était touché ; il était simplement très étonné et ravi de revoir le nuage de fumée s’échapper de l’arquebuse. Et il sut dans l’instant comment et en quelle matière il pourrait l’imiter : avec le duvet que certains oiseaux des étangs portaient autour du cou et qu’il avait vus souvent dans les marais du nord de la ville. Et il se souvint que ce duvet avait naturellement la couleur du nuage de fumée : il était blanc, gris pâle et vert. Et il s’en réjouit. Puis il s’écroula »

Ces lignes remarquables donnent au lecteur la respiration nécessaire à la lecture d’un roman un peu long encore que doté d’une écriture d’une sûreté absolue.

dimanche 3 juillet 2016

Les post-humains à l’affiche du Magazine littéraire



Le Magazine littéraire consacre un dossier de son numéro estival (569) au posthumanisme. Si ce thème a eu son heure de gloire romanesque à l’apogée du cyberpunk et bénéficié de quelques prolongations principalement grâce aux talents de Ian M Banks et Greg Egan, il semble bien que le sujet soit devenu aujourd’hui la propriété des industriels et des philosophes. Cela ne fait pas le bonheur des sectateurs du transhumanisme (autre appellation du phénomène) car leurs meilleurs défenseurs ont toujours été les écrivains alors que les disciples de Platon leur taillent régulièrement des croupières. Peut être aurait il fallu citer les Kurzweil, Max More, Vita-More, Bostrom, Pearce et consorts pour équilibrer le débat. L’historien Milad Doueihi se fait leur porte parole dans ce numéro en prônant un « humanisme numérique »

Je note en tout cas que mon article L’Homme augmenté et l’Homme diminué, – modeste en regard du travail sérieux et remarquable effectué par les contributeurs rassemblés par Pierre Assouline –, avait au moins le mérite d’ouvrir correctement le débat en citant Egan et Jean Michel Besnier, pourfendeur des « technoprophètes »

Le post-humanisme ou transhumanisme se veut le chantre de l’homme nouveau. Quelques articles évoquent les figures annonciatrices, Frankenstein, le Golem, et leurs successeurs, fruits de la robotique et de l’ingénierie génétique. Outre le dossier consacré à la littérature de science-fiction appliquée à ce domaine et son corollaire cinématographique (« Le cyclope cinéma »), on privilégiera l’article de fond « Le transhumanisme est un nihilisme » rédigé par Valentin Retz suivi de l’interview de Jean-Michel Besnier par Pierre Assouline. On y apprend que Dante a forgé le néologisme trasumanar dans la Divine Comédie. Il décrit la transformation subie par le poète lorsqu’il entre « dans la vision de Dieu ».A cette transcendance, le rédacteur oppose le fonctionnalisme prôné par le post humanisme qui aboutit à la fabrication d’un être « technicocompatible » Il aurait pu d’ailleurs citer le roman de Ian M Banks Les enfers virtuels, sorte de miroir infernal de l’œuvre de Dante.

En tant que lecteur de science-fiction je regretterai juste l’omission de Bruce Sterling et de Schismatrice + dans l’inventaire SF (1) et surtout l’absence d’une bibliographie transhumaniste.

J’ai pris plaisir à ouvrir de nouveau ce magazine. La mise en page, jadis austère, a fait place à une maquette évoquant celle de … Réponses Photos. On trouve quelques écrits réjouissants sur La Beat Génération, sur Antoine Blondin, et cerise sur le gâteau un superbe article de Serge Brussolo sur Jean Ray. Terminons en beauté par un aphorisme de Jules Renard cité par Bernard Morlino :« Écrire, c'est une façon de parler sans être interrompu ». Voilà qui milite pour les blogs.



(1)   il est vrai que l'écrivain sort du catalogue de Folio SF.